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Le paysage d’une pratique nationale en croissance

Crier, rire, pleurer… des réactions tout à fait normales lorsqu’on remporte son premier prix national en architecture de paysage. À la réception du courriel, c’est exactement ainsi que Bhavana Bonde et Simranpreet Kaur ont réagi, ensemble au téléphone. Pour Bhavana, ce moment représentait bien plus qu’une étape professionnelle. C’était l’aboutissement d’années d’efforts, de conviction et de persévérance.

Pour l’équipe d’architecture de paysage, cette reconnaissance dépassait largement le succès d’un seul projet. « On a vraiment l’impression que nos efforts sont reconnus », a confié Bhavana lors d’une entrevue, en réfléchissant à ce que ce prix représentait pour elle et son équipe.

Ce sentiment de reconnaissance se retrouve autant dans le projet primé que dans la pratique qui l’a porté. L’espace extérieur de rassemblement autochtone au Collège Confederation s’appuie sur la consultation, une intention culturelle claire et un profond respect du territoire. Sa reconnaissance témoigne aussi de l’évolution de la pratique en architecture de paysage que Bhavana a contribué à bâtir depuis près de vingt ans — une pratique fondée sur le design intégré, la collaboration et la conviction que les espaces extérieurs peuvent porter un sens social et culturel.

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Membres de l’équipe d’architecture de paysage et de design urbain, Congrès 2026 de l’AAPC

Bhavana a d’abord étudié en architecture avant d’orienter sa pratique vers l’architecture de paysage, où elle a complété une maîtrise. Ce double parcours a façonné une philosophie à laquelle elle revient encore aujourd’hui : les meilleurs projets émergent lorsque les disciplines collaborent plutôt que de travailler en silos.

Trop souvent, l’architecture, le design intérieur et le paysage sont considérés comme des domaines distincts. Pourtant, les utilisateurs ne vivent pas un bâtiment et son site de cette façon. « Ils voient et expérimentent le projet comme un tout », explique Bhavana. « Donc, lorsqu’on le conçoit comme un ensemble… le récit est beaucoup plus riche. »

Cette approche intégrée a marqué une grande partie du travail réalisé chez Architecture49, où Bhavana œuvre depuis près de 20 ans. Au fil du temps, le groupe d’architecture de paysage est passé d’une petite équipe régionale à Winnipeg à une pratique nationale comptant près de deux douzaines de membres à travers le pays. Cette croissance a permis d’intégrer des perspectives régionales et de former des équipes interbureaux, contribuant au succès de projets comme Anwebiiwining au Collège Confederation.

Selon Bhavana, Anwebiiwining s’inscrit dans la continuité de son expérience en milieu éducatif et d’une réflexion plus large sur le rôle que peut jouer le paysage. Les espaces extérieurs peuvent rassembler différentes cultures et perspectives, tout en aidant les institutions à traduire des engagements comme la vérité et la réconciliation en expériences concrètes.

Au Collège Confederation, cela s’est traduit par la création d’un lieu capable d’accueillir des rassemblements autochtones et des activités d’apprentissage liées au territoire, tout en s’intégrant à la vie quotidienne du campus. Le projet constituait l’une des premières interventions physiques du Collège pour mettre en œuvre son plan en matière de vérité et réconciliation, ce qui lui conférait une signification particulière.

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Anwebiiwining, Collège Confederation, Thunder Bay (Ontario)

Avec ces valeurs en tête, le projet a commencé par une phase d’écoute. Bhavana et son équipe ont consulté les étudiants, le corps professoral et le personnel des installations, en combinant questionnaires et rencontres individuelles afin de mieux comprendre les usages potentiels de l’espace. Une cour intérieure en forme de C, peu utilisée, s’est rapidement dégagée comme une occasion clé. Plutôt que d’empiéter sur la forêt adjacente pour créer un nouvel espace extérieur, Bhavana a vu dans cette cour un lieu à réactiver et à transformer.

Cette décision était à la fois pratique et philosophique. La cour existante ne répondait pas bien aux besoins et nécessitait des améliorations, mais le choix s’inscrivait aussi dans un principe de conception plus profond. « On ne blesse pas le territoire pour créer un espace », explique Bhavana, décrivant un principe central de la pensée en design autochtone. Autrement dit, la force du projet ne réside pas dans une intervention imposée, mais dans sa capacité à répondre au site.

Le projet a été réalisé en phases en raison de ressources financières limitées, la première étant livrée selon un échéancier accéléré. Ce rythme a nécessité une collaboration étroite et soutenue. Il a également mis en évidence l’avantage d’appartenir à une pratique nationale, avec une équipe locale à Thunder Bay agissant comme présence sur le terrain, tandis que la conception globale était pilotée depuis Winnipeg.

Ce prix national représente plus qu’un projet réussi. Il témoigne du travail construit au fil du temps par Bhavana et ses collègues : une pratique en architecture de paysage et en design urbain capable de livrer des projets porteurs de sens, ancrés dans la collaboration et ayant un réel impact.

Au final, cette reconnaissance souligne autant le projet que la pratique qui l’a rendu possible. Après des années de travail, elle s’est concrétisée par un simple appel — un moment de joie, mais aussi un instant qui résume tout ce que ce prix représente pour Bhavana et son équipe.

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